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Rita citoyenne : fashionista engagée

Une rencontre avec Rita citoyenne ressemble un peu au grand 8 de la foire du trône : ça secoue ! On se bidonne, on s’étonne et surtout on écoute. Avec sa gouaille à la Audiard, son rire communicatif, sa spontanéité et son style bien à elle, cette figure marseillaise, nous a raconté comment elle concilie son amour de la sape et du style avec sa conscience sociale et environnementale. Et ça donne ça.

 

A 20 ans, elle chinait déjà dans les friperies de Barbès, dégotait des merveilles pour 5 balles et faisait des envieux dans les fêtes branchées. La vie de Rita, c’est un roman qu’elle raconte par anecdote, sans détour et toujours avec beaucoup d’humour. Du 9-3 à Marseille, elle a roulé sa bosse. A 23 ans, elle s’envole pour Londres, The place to be pour une modeuse dans les années 90. Cette reine de la chine a le pif pour renifler les tendances. Elle pose finalement ses valises quelques années plus tard à Marseille. Il y a 18 ans, pour être précise. Elle gère alors la première friperie vintage de la Cité phocéenne dans une ancienne usine de 500m2.

« Quand on n’a pas grand chose, on a du style, et c’est déjà pas mal »

Cette marseillaise d’adoption se définie comme une vraie fashionista. Modeuse jusqu’au bout des ongles, elle aime avoir du style. « Je dis toujours à mes potes quand on n’a pas grand chose, on a du style. Et c’est déjà pas mal. Mais ma passion pour la mode ne m’empêche pas de garder en tête la façon dont elle est produite et ses conséquences humaines et écologiques. Je veux avoir une consommation responsable de ma garde-robe », explique Rita. « C’est pourquoi, j’achète beaucoup de seconde main. J’achète aussi de temps en temps quelques pièces neuves car l’équilibre parfait pour moi c’est un tiers de contemporain et deux tiers de vintage. »

Rita citoyenne : donner une deuxième vie aux vêtements

Dans cet esprit, en 2009, elle crée Rita citoyenne. « Je voulais inventer un concept alternatif reposant sur une mode écologique », explique-t-elle. Son crédo ? L’optimisation des placards. « On achète, on porte et bien souvent on jette à la poubelle. Tout cela a un coup lourd pour la ville et pour l’environnement. Je voulais trouver une solution à mon petit niveau pour éviter de mettre à la poubelle ces vêtements et leur donner une deuxième vie. Je veux optimiser ce qui a déjà été créé. » L’idée : aller chez les gens de son quartier récupérer tout ce dont ils ne veulent plus. « Beaucoup de personnes n’ont pas le temps de porter leurs vieux vêtements chez Emmaüs ou sont trop âgés ou handicapés pour se déplacer. J’apportais donc ce service à domicile en échange du don des vêtements. » Rita arpente à trottinette les rues escarpées du 7ème arrondissement à Marseille pour déposer les prospectus dans les boîtes aux lettres et se faire connaître. Pour aller ensuite chercher les sacs de vêtements, elle achète une vieille camionnette, vintage elle aussi. On l’imagine volontiers, clope au bec, bleu de travail et sourire charmeur, au volant de son estafette 1967 !  « Je ne la prenais que si j’avais au moins 4 adresses à visiter », précise-t-elle.

On achète, on porte et bien souvent on jette à la poubelle. Tout cela a un coup lourd pour la ville et pour l’environnement. Je voulais trouver une solution à mon petit niveau pour éviter de mettre à la poubelle ces vêtements et leur donner une deuxième vie.

Rita citoyenne un nom de bon augure pour un concept rockn’roll

PPourquoi Rita citoyenne ? « Parce que Rita c’est la sainte patronne des artistes, des bohèmes, des causes profondément désespérées. Je trouvais ce nom de bon augure pour un concept aussi rockn’roll que celui-là. Et puis je suis fan de cette sainte. Je trouve à ce nom une forme de poésie et d’engagement qui me correspond. Et citoyenne parce que je pars du principe qu’on est tous citoyen. On est tous acteur de cette citoyenneté et qu’à notre échelle chacun peut aider et faire des choses pour améliorer le monde. »

Le vintage : un véritable patrimoine vestimentaire

Rita récupère et crée ses collections vintage avec environ 10% de ce que l’on lui donne. Le reste est apporté à Emmaüs. « Autrefois, les femmes achetaient leurs coupons au marché, cousaient leurs vêtements avec des patrons et des coupent qui n’existent plus, des imprimés qui n’existent plus. C’est un vrai patrimoine. On porte une pièce qui sort de l’imagination d’une petite dame, d’une Tatie Suzanne, comme j’aime appeler ces femmes. Je récupère aussi des pièces qui sortent d’ateliers de couture qui ont disparu. Lorsque je vois écris « Marseille » sur l’étiquette, cela me remplit d’émotion. Récupérer une pièce avec le nom d’un couturier ou d’un artisan marseillais oublié est ma façon à moi de faire vivre ma ville d’adoption.»

Un concept comme Rita ? ça ne peut pas être purement commercial !

En 2010, elle ouvre son local, rue Samatan. « Pas une boutique, un local », insiste-t-elle. Un lieu à l’image de Rita : ouvert, alternatif, festif. Un lieu de vie, de mixité et de partage dans le quartier. « Un concept comme Rita ne peut pas être purement commercial ! J’aime aller vers les gens, leur parler, les connaître car Rita c’est aussi faire du lien social. Rita est forcément dans une démarche atypique. » Et on veut bien la croire. Rita ne ressemble à personne.  Puis la petite entreprise a été rattrapée par le coût des loyers et des taxes. « J’étais très attachée à ce lieu mais pour le garder, j’aurais dû augmenter mes prix et je ne voulais pas. Ca n’était pas dans mon éthique. Je prône une mode accessible. » Rita sans concession. Ca ne nous étonne pas. On l’a sent ému. Elle enchaîne. « J’ai toujours imaginé Rita comme un concept qui pouvait avoir une histoire et une suite malgré les hauts et les bas. Il fallait donc que je réfléchisse à une façon différente de l’articuler. » Le local a du baisser le rideau mais Rita Citoyenne a survécu. Aujourd’hui, elle est toujours là mais existe différemment. « On vient de fêter nos 9 ans ! »

Où retrouver Rita Citoyenne ?

Désormais on peut la retrouver sur des festivals comme le festival du South vintage à Trets qu’elle aime tout particulièrement. Elle organise aussi ses propres événements, à son image. « Les gens me sont très fidèles et continuent à me suivre et à me soutenir. Ils ne manquent jamais de me retrouver sur les événements auxquels je participe ou que j’organise. J’ai aussi un boxe de stockage où je peux recevoir des clients qui me connaissent ou des amis qui cherchent une pièce particulière pour un mariage ou une fête. » Bref Rita a de la ressource.

Comment suivre Rita et connaître les lieux et dates de ses prochains événements ?

La page Facebook de Rita citoyenne

Son compte instagram 

Le site internet du festival du south vintage 

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